
Je suis un ancien décrocheur. Un décrocheur scout. Et je le regrette encore aujourd’hui…
Je faisais partie des Éclaireurs, je n’avais pas une grande facilité avec les autres, je n’étais ni fonceur ni débrouillard. Et j’ai donc abandonné le mouvement, malgré les tentatives des animateurs de me garder dans le groupe.
Je me souviens de ce moment comme si c’était hier, tant il m’a marqué. J’avais eu besoin de tout mon petit change pour annoncer mon départ. Même si j’avais une bonne raison. Ma mère quittait la ville pour le travail. Je devais habiter ailleurs pour quelques semaines. Difficile d’assister aux réunions et de me préparer pour le camp qui approchait.
À ma grande surprise, mon animateur (Balou, si ma mémoire est bonne) a insisté pour que je reste dans le groupe. Il m’a même offert d’habiter chez lui un temps, de m’aider à me préparer pour le camp. J’en suis encore touché.
Je comprends mieux sa réaction aujourd’hui, voyant le petit garçon un peu asocial que j’étais et l’immense bien que m’apportaient les scouts. Mais je ne voyais pas cela à l’époque. Et mon entêtement a donc eu le dessus. Et j’ai accroché mon foulard.
Une erreur que j’ai appris à regretter avec le temps. À tel point que je me suis fait un point d’honneur, plusieurs années plus tard, de réintégrer le mouvement à titre d’animateur.
Cette expérience enrichissante m’a alors confirmé encore un peu plus l’importance que peut avoir ce mouvement dans la vie des enfants, en leur apprenant une foule de choses, dont la persévérance… qui m’a cruellement manqué étant enfant.
Aujourd’hui père d’un garçon, je comprends encore mieux l’importance du mouvement scout. Un mouvement que certains disent anachronique, alors que je le vois plus actuel que jamais. Comme un retour du balancier.
Lorsque les scouts sont nés il y a 105 ans, leur départ fut fulgurant, tant le besoin se faisait sentir pour un tel groupe. L’époque était au désœuvrement de la jeunesse, à l’absence de défis et de responsabilisation des générations montantes.
Le monde a changé depuis. Mais en même temps, l’histoire semble vouloir se répéter, car aujourd’hui encore, les jeunes se cherchent, décrochent, se déresponsabilisent. Ils créent des communautés sur le web, mais s’éloignent de celles qui les entourent. Ils cherchent de l’aide, les garçons surtout. Ils s’éloignent de la nature, de ses bienfaits.
Autant de maux modernes auxquels les scouts peuvent répondre, à la fois en puisant dans leur passé et en se modernisant. Bref, en devenant un véritable moteur de raccrochage.
François Cardinal
mai 2013
Photo: Alain Roberge, La Presse